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after midnight par Paul di Felice

Posté par Bruno Baltzer à Janvier 30, 2010 08:23

Paul di Felice

After Midnight de Bruno Baltzer

Le titre générique « After Midnight », de la série de photographies en couleur de Bruno Baltzer, sonne comme un morceau de jazz be bob des années 60. Commencée en 2004, les photographies ont en effet été réalisées après minuit lors des quatre éditions de la traditionnelle foire luxembourgeoise Schouberfoer.

Alors qu’on s’attend à une atmosphère noire, au rythme de blues, dans une nuit énigmatique, on découvre des images sérielles et structurées, qui sont loin d’être improvisées. Construites systématiquement sur le principe de la fusion de deux ou plusieurs prises de vues, assemblées de sorte à brouiller légèrement la frontalité photographique, les photographies se présentent comme série qui rappelle, quoique dans un esprit postmoderne, la typologie des photographes conceptuels.

Même si la répétition monotone du dispositif est contrecarrée par la richesse plastique et chromatique qui émerge de chaque objet, ces photographies révèlent la dichotomie recherchée entre présence et absence, entre plénitude et solitude.

Ainsi la rationalité apparente du processus de reconstruction et de classification, qu’on retrouve d’ailleurs dans le sous-titre, s’efface derrière ces assemblages fortement colorés, témoignant, malgré leur systématisation, de la présence animée de ce lieu.

Dans cette photographie du plein et du vide où le foisonnement des signes graphiques et l’absence de l’homme participent à déconnecter l’objet photographié du sujet référencié de la foire, s’exprime une dialectique entre les traces préalablement enregistrées et les indices construits.

Le silence de la nuit inhabitée remplit l’image photographique d’autres éléments que la réalité d’une visite diurne ne fait que suggérer. Plutôt que de retracer l’ambiance foraine en focalisant sur les foules, les mouvements er les déplacements, l’artiste cherche la confrontation formelle, la métonymie.

Vu sous cet angle le thème de la foire, dans cette série, ne serait-il pas un prétexte pour l’artiste de « re-construire » un lieu où se projettent d’innombrables images personnelles et publiques que la photographie ne peut révéler que si elle s’inscrit dans une démarche qui soit à la fois cognitive et sensible.

La photographie, plus qu’une simple opération mécanique, devient ici une pensée interpellante, un questionnement de la représentation du réel qui s’inscrit dans une démarche plasticienne.

C’est vrai que Bruno Baltzer procède, pour le dire avec Philippe Dubois, à un véritable « acte iconique » dans l’élaboration de cette série qui, par son degré d’abstraction, laisse de grandes marges à l’interprétation.

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